Allaitement après une réduction mammaire

Janelle Brennand Armstrong

Amies-allaitement Ottawa

Santé publique Ottawa

L'allaitement peut être une période difficile. Si vous avez eu une intervention de réduction mammaire, vous vous demandez peut-être si vous pourrez allaiter un jour. Bien que je ne sois pas une experte en la matière, je suis heureuse de vous dire que je sais, par expérience, que cela est possible!

J'ai subi une intervention de réduction mammaire en 2004, à l'âge de 21 ans. Après l'intervention, mon chirurgien m'a dit que j'avais 80 % de chance (pour chaque sein) de pouvoir allaiter le moment venu. Je ne sais pas si mon chirurgien voulait dire que je pourrais nourrir mon bébé exclusivement au sein ou s'il pensait que je devrais supplémenter l'allaitement avec une préparation pour nourrissons. Je n'ai pas pensé lui poser la question à cette époque.

Nous voici en 2013, je suis mariée et nouvellement enceinte. Durant les neuf mois de ma grossesse, j'avais de plus en plus peur de ne pas pouvoir allaiter en raison de mon intervention de réduction mammaire. J'ai essayé de me renseigner, mais la plupart des documents que j'ai consultés m'ont donné peu d'espoir sur ma capacité de nourrir mon bébé exclusivement au sein, c'est-à-dire sans compléter l'allaitement avec une préparation pour nourrissons. En général, les femmes qui ont subi cette intervention chirurgicale semblent avoir de bonnes chances de produire une « certaine quantité » de lait maternel, mais jamais assez pour nourrir leur bébé exclusivement au sein.

Le livre intitulé « Defining Your Own Success: Breastfeeding After Breast Reduction Surgery » par Diana West) est généralement considéré comme le meilleur livre sur le sujet. Dans ce livre, j'ai appris que le type de chirurgie que j'avais subie (les mamelons restent attachés aux tissus sous-jacents pendant l'intervention) donnait aux femmes de meilleures chances d'allaiter que les autres types d'intervention de réduction mammaire. J'ai aussi appris que le tissu mammaire pouvait se régénérer jusqu'à un certain point - et que plus le laps de temps entre l'intervention et le début de l'allaitement maternel était long, plus les chances de régénération des tissus augmentaient. L'auteur de ce livre explique que les tissus peuvent aussi se régénérer sous l'effet de l'allaitement. Elle affirme que beaucoup de femmes ont de la difficulté à produire assez de lait pour leur premier enfant, mais que le simple fait d'allaiter peut leur permettre de produire une plus grande quantité de lait pour les enfants suivants et, parfois, de les nourrir exclusivement au sein. Même s'il s'agissait là d'excellentes nouvelles, ce livre ne me donnait pas beaucoup d'espoir sur ma capacité de nourrir mon bébé exclusivement au sein.

J'ai envisagé l'utilisation d'un dispositif d'aide à l'allaitement, un moyen qui permet de donner une préparation pour nourrissons (ou du lait maternel tiré) à un bébé au moyen d'un tube placé sur le mamelon. Le bébé est alimenté avec une préparation pour nourrissons ou du lait maternel tout en  étant saisi au sein, ce qui encourage la production de lait maternel. Entre-temps, ma grossesse progressait. À un moment pendant le troisième trimestre, le colostrum (liquide riche en nutriments qui est produit avant le lait maternel) a commencé à couler. À l'approche de la date prévue de mon accouchement, ma doula m'a encouragée à essayer de tirer une partie de ce colostrum et à le stocker dans un récipient au congélateur. « Chaque goutte compte », disait-elle.

À la naissance de notre fille, j'ai commencé à l'allaiter presque immédiatement. Le personnel de l'hôpital était au courant de mon intervention de réduction mammaire et m'a conseillé de commencer à tirer mon lait dès que possible afin de favoriser la production de lait. Même si je ne produisais encore que du colostrum, je mettais mon nouveau bébé au sein toutes les deux heures en espérant que mon lait commence à couler. Je tirais mon lait plusieurs fois par jour. Je mettais une compresse chaude sur mes seins avant chaque tétée et massais souvent mes seins afin de favoriser la production de lait maternel et d'aider à prévenir l'engorgement. Le quatrième jour après l'accouchement, mon lait a commencé à couler, mais je n'en produisais pas suffisamment pour notre fille. Notre doula nous a aidés à faire l'essai d'un dispositif d'aide à l'allaitement, mais l'utilisation de ce dispositif était compliquée et exténuante. « Quand les larmes coulent, le lait coule aussi », me disait ma doula pour me rassurer. Nous avons abandonné le dispositif d'aide à l'allaitement et l'avons remplacé par une bouteille (quelques mL de préparation pour nourrissons une fois par jour après une tétée). Sur les conseils de notre doula, j'ai commencé à prendre du chardon béni et du fenugrec, deux plantes médicinales qui favorisent la lactation. J'ai aussi commencé à manger et à boire tout ce qui pouvait augmenter ma production de lait, y compris les flocons d'avoine, la levure de bière, une tisane d'allaitement et de l'eau en grande quantité.

À ma grande joie, j'ai continué à produire de plus en plus de lait et notre fille a continué à prendre du poids. Quand ma fille a eu six jours, nous n'utilisions plus de préparation pour nourrissons. J'ai continué à allaiter aux deux heures pendant la journée et aux trois heures la nuit, tout en tirant mon lait de deux à cinq fois par jour (toujours immédiatement après une tétée). Quelques semaines après la naissance de notre fille, je la nourrissais exclusivement au sein (et j'ai pu dire adieu aux bouteilles de lait tiré). En effet, ma confiance dans ma capacité à produire du lait s'étant accrue, j'ai entièrement cessé de tirer mon lait environ six semaines après la naissance de notre fille. Notre bébé était de poids moyen et j'étais alors tout à fait certaine que ma production de lait répondait à ses besoins. J'ai allaité notre fille jusqu'à ce qu'elle ait 16 mois et 9 jours. Cette expérience a été absolument magnifique et enrichissante. Après avoir cessé d'allaiter notre fille, j'ai constaté que mes seins étaient plus sensibles qu'ils ne l'étaient avant que je commence l'allaitement. Je suis convaincue que le fait d'avoir allaité ma fille a favorisé la régénération de mes tissus mammaires.

Je ne peux pas dire exactement ce qui m'a permis de nourrir ma fille exclusivement au sein. Cela s'explique sans doute par une combinaison de plusieurs facteurs - un chirurgien qualifié qui a utilisé une technique moderne pour mon intervention (mamelons non détachés et rattachés), un long laps de temps entre l'intervention et l'allaitement, la pratique précoce et fréquente de l'allaitement et de l'extraction de lait maternel, l'utilisation de remèdes à base de plantes, la consommation de grandes quantités d'eau et de bons gènes. J'ai entendu dire que d'autres femmes ont réussi en ayant recours à d'autres moyens comme l'acupuncture, la thérapie par ultrasons, diverses plantes médicinales ainsi que des médicaments (p. ex. la dompéridone). Si vous souhaitez obtenir de plus amples renseignements et des services de soutien, je vous encourage à joindre le groupe Facebook (privé) Breastfeeding After Reduction - BFAR (en anglais seulement). J'aurais bien aimé connaître ce groupe au moment où j'allaitais!

Je sais que mon histoire n'est pas habituelle et que j'ai eu de la chance. Néanmoins, selon moi, je crois qu'il est important de partager ce que j'ai vécu afin que d'autres femmes ayant subi une intervention de réduction mammaire puissent savoir qu'elles peuvent non seulement allaiter après une intervention de réduction mammaire, mais aussi nourrir un premier enfant exclusivement au sein. Si vous souhaitez allaiter après une intervention de réduction mammaire, sachez que cela est possible!

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